La crise de la vache folle

Causes profondes et solution durable

 Le développement économique des pays industrialisés et la croissance démographique des pays pauvres conduisent à une explosion finale à laquelle certains "apprentis sorciers" travaillent sans que personne n'ait le courage ou la possibilité d'arrêter la course à l'abîme.

Cette marche vers l'Apocalypse est jalonnée de crises mineures qui devraient alerter le monde mais dont les médias contrôlés par ces mêmes "apprentis sorciers", ignorent le caractère prophétique. Ces crises ont noms le sida, les guerres intertribales et, plus récemment, la "crise de la vache folle".

Cette dernière est typique. Nous allons analyser ses causes pour voir comment on aurait pu l'éviter et comment on peut l'enrayer en s'attaquant à ses causes profondes.

 L'augmentation du niveau de vie des habitants des pays industrialisés y accroît la consommation de viande au-delà des besoins physiologiques réels en protéines. Mais, peu importe, la demande solvable croît et les procédés traditionnels de production ne peuvent y faire face.

Un élevage industrialisé s'est donc développé dans lequel les animaux sont nourris avec des aliments composés, eux-mêmes produits industriellement.

Ces aliments, dont la composition est adaptée aux différents animaux élevés, bovins, volailles et animaux de compagnie, essentiellement, et aux âge et fonction de chacun, sont composés de glucides, de lipides, de protéines et d'ingrédient secondaires, en proportions définies pour chaque usage.

L'approvisionnement en glucides, en lipides et dans les ingrédients secondaires ne semble pas poser de problème. Le seul problème important est celui des protéines.

En Europe, jusqu'aux années 50, on employait des tourteaux divers, notamment de coprah et d'arachides, comme compléments alimentaire pour les bovins ; ces tourteaux étaient les sous-produits normaux de l'industrie de l'huilerie.

Aux Etats-Unis, lorsque l'élevage industriel s'est développé, il s'est appuyé sur les tourteaux de soja.

 Le soja est une légumineuse originaire de Chine qui est très riche en huile et en protéine et qui, là-bas, entre dans l'alimentation humaine sous différentes formes mais sans séparation de l'huile des autres éléments nutritifs de la graine.

La culture industrielle de cette légumineuse a été développée avec grand succès aux Etats-Unis. Mais, le soja n'entre pas dans l'alimentation des Américains en dehors de celle des minorités d'origine chinoise. Il fallait donc trouver des débouchés lucratifs à cette matière première produite en grande quantité et à très bas coût dans les Etats du sud des Etats-Unis.

Le développement de divers élevages intensifs créait un besoin de protéines végétales dont la graine de soja est particulièrement riche. Mais, pour cette utilisation, la richesse en huile de la graine de soja était un obstacle. On a donc extrait cette huile et le Cartel du soja a organisé son bradage vers les pays du tiers monde au détriment de la santé des populations concernées en employant des procédés sur lesquels nous n'insisterons pas ici.

Une fois les besoins de l'élevage industriel des Etats-Unis saturés, les tourteaux de soja américains furent exportés sur le marché européen où les élevages industriels se développaient avec un certain décalage avec les Etats-Unis et où les tourteaux des huileries locales ne suffisaient plus à couvrir les besoins des industries d'aliments du bétail.

De ce fait, à partir des années 50, l'élevage européen s'est trouvé dépendant des fournitures américaines de tourteaux de soja. Cette situation inquiétait les autorités et la communauté scientifique qui cherchait des produits de remplacement du tourteaux de soja car cette légumineuse pousse mal chez nous.

 UNE SOLUTION

Parallèlement, le développement du transport routier ou détriment du transport ferroviaire a rendu l'économie européenne complètement dépendante du fonctionnement des moteurs diesel des camions. Or, par grand froid, certains gasoils figent, immobilisant les camions. Ce sont les paraffines contenues dans la plupart de ceux-ci qui se solidifient dès que la température tombe à quelques degrés au dessous de zéro ; les hydrocarbures non saturés qui constituent le reste du gasoil restent fluides à des températures beaucoup plus basses.

On a donc été amené à déparaffiner les gasoils distribués en hivers, ce qui est une opération relativement coûteuse. Différents procédés ont été mis au point. C'est ainsi que, dans les années 60, un chercheur marseillais, le professeur Jacques Sénés, travaillant en liaison étroite avec la filiale française de la "British Petroleum", la "BP France", alors dirigée par un homme éminent, Monsieur Jean Chenevier, a mis au point un procédé biologique de déparaffinage du gasoil qui est particulièrement intéressant car il donne en "sous-produit" une protéine alimentaire moins coûteuse et tout aussi efficace que le tourteaux de soja.

Le procédé est relativement simple et économique : on injecte dans le gasole paraffineux (ou dans la paraffine pure) de l'air, de l'ammoniac, de l'eau et divers sels minéraux et on ensemence la mousse ainsi formée avec une levure, le "candida tropicalis". Au cours de la fermentation qui s'ensuit, cette levure se développe en consommant l'ammoniac et les paraffines contenues dans le gasole. Lorsque ces deux constituants ont été entièrement consommés, la fermentation s'arrête. On sépare alors les constituants restants : le gasole déparaffiné, l'eau salée et la masse de levure qui, après purification et lyophilisation donne une poudre contenant plus de deux tiers de protéines alimentaires.

Une variante de ce procédé consiste à partir non du gasole paraffineux mais de la paraffine du gasole préalablement séparée par un procédé physique. Ce possédé nécessite certes une opération préalable ; toutefois, cet inconvénient est compensé par deux avantages : il évite la purification des levures obtenues pour en éliminer les restes de gasole ; mais, surtout, pour la même production de protéines, il nécessite de traiter cinq fois moins de matière première, puisque les gasoles les plus paraffineux comme le gasole lybien ne contiennent que 20% de paraffine. C'est cette variante qui avait été adoptée pour les deux usines italiennes dont il est question plus loin.

La presse a alors fait grand bruit autour des "protéines du pétrole", terme évidemment impropre puisqu'il n'y a pas de protéines dans le pétrole. Les scientifiques emploient le terme de protéines d'origine unicellulaire cultivées sur pétrole ou POUP, appellation moins journalistique. Mais quel que soit le nom qu'on leur donne, brusquement on n'en a plus parlé ; un "black out" a été imposé et l'affaire a été étouffée.

Le cartel du soja s'était rendu compte du danger.

Dans un premier temps, une campagne de désinformation a été lancée, des "pseudo-experts" et des journalistes véreux accusant, contre toute évidence, les protéines du pétrole. Les POUP, d'être cancérigènes.

La communauté scientifique française a réagi avec ses propres méthodes. Un symposium, qui s'est tenu à Aix-en-Provence les 15 et 16 février 1972 sous la présidence d'honneur du professeur Robert Debré et sous la présidence effective du professeur Gounelle de Pontanel, a fait complètement justice de ces allégations.

 En Italie, où la Cassa per il Mezzogiorno avait financé deux grandes usines utilisant ce procédé, l'une en Sardaigne et l'autre en Sicile, les services américains qui manipulaient les autorités italiennes à travers la fameuse "loge P2", réussirent à faire voter une loi interdisant les "protéines du pétrole" en Italie. Les centaines de milliards de lires investis dans les deux usines du midi ont été passées par pertes et profits sans que personne ne proteste grâce à l'intervention de la Mafia.

Mais la British Petroleum, qui avait investi des milliards dans cette recherche réussie n'était évidemment pas prête à en abandonner le résultat sans des "compensations équitables". L'énumération des compensations qu'elle a obtenues suffit à démontrer l'intérêt et le sérieux de ce procédé.

 Le groupe BP avait, d'une part, demandé une concession en Alaska et, parallèlement, l'autorisation d'acheter une société américaine de distribution pétrolière. Les deux requêtes étaient bloquées l'une et l'autre. Contre l'engagement d'abandonner le secteur des protéines unicellulaires, le groupe BP obtint non seulement le déblocage de ses deux requêtes mais, en outre, il reçut du Cartel, pour une de ses filiales, un tiers du marché européen des tourteaux de soja.

Le procédé Sénès était abandonné.

Depuis, les brevets sont tombés dans le domaine public. Les scientifiques et les ingénieurs qui avaient conçu et fait fonctionné leur carrière, puis certains ont pris leur retraite ; mais ils sont toujours là et restent disponibles, sinon pour reprendre eux-mêmes l'aventure, du moins pour transmettre leur expérience à de plus jeunes.

 Le professeur Sénès a essayé à plusieurs reprises de convaincre des pays du Golfe de reprendre ce procédé ; mais les services américains "veillaient au grain" et, chaque fois, des pressions politiques énergiques ont fait abandonner le projet. La dernière fois, le professeur Sénès avait réussi à convaincre l'Arabie Saoudite et le projet était en bonne voie quand les Etats-Unis ont informé ce pays qu'ils ne lui vendraient plus d'armes si cette usine était construite. C'était un an avant la "guerre du golfe" et, une fois encore, le projet a été abandonné.

 Le temps a passé. Le problème des gasoles paraffineux a été réglé autrement ; on les déparaffines par des procédés physiques. Mais, comme les paraffines sont par nature peu réactives, elles ont peu d'usages en pétrochimie et elles sont incorporées au fuel domestique pour être brûlées. Leur prix sur le marché mondial est donc très faible, ce qui handicape les pays dont le brut et très paraffineux, comme la Libye, mais cette situation rend très rentable leur utilisation industrielle.

 Une fois la concurrence des POUP ainsi éliminée, le cartel du soja a pu augmenter ses prix. Les industries des aliments du bétail ont alors cherché une source plus économique de protéines. C'est ainsi qu'ils ont été amenés à utiliser des farines de viande, ce qui revenait à nourrir des herbivores avec des cadavres d'animaux, les transformant ainsi en charognards, hérésie qui ne pouvait aboutir qu'à une catastrophe sanitaire. Cette catastrophe s'est produite et elle met en péril l'existence même de l'union européenne.

 Tout le monde est maintenant convaincu qu'il faut arrêter vraiment d'utiliser des cadavres d'animaux pour nourrir les herbivores. Mais il est tout aussi évident que l'on peut par fermer les industries des aliments du bétail ; il faut donc trouver une autre source économique de protéines.

Une seule solution technique est actuellement disponible : ce sont les protéines unicellulaires d'origine pétrolière, les POUP. C'est pourquoi il faut en produire même si ce n'est pas "politiquement correct" du fait que cette technique déplaît au carter du soja et aux deux services secrets influents qui le soutiennent.

 

Robert Giry

Ancien élève de l'école polytechnique (46)
Ingénieur en chef honoraire au ministère de l'industrie
Administrateur principal de la commission européenne
Expert international (ONUDI CNUCED) en développement intégré.

 

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